09/09/2008

Grand départ

Nous sommes le vendredi 8 août et je n'ai aucune nouvelle de l'hôpital. J'arrête le travail ce soir, demain j'ai un concours de pétanque, dimanche je fais ma valise et, si tout va bien, lundi je rentre à la Croix Saint Simon à 15:30.

Et oui, j'ai du mal à y croire, mais c'est le jour du départ. Je fais un gros bisou plein de tendresse à ma fille qui reste à la maison (elle viendra me voir demain). Nous n'arrivons pas à nous quitter. Nous pleurons autant l'une que l'autre. Pourtant j'essaie d'être forte mais ses larmes ont entraîné les miennes. Cet au revoir a des goûts d'adieu. C'est étrange cette sensation et très désagréable.

Mon mari m'accompagne et nous prenons le train à 14:30.

Il est 15:30. Nous arrivons à l'hôpital. hallavron1[1]
 Je me présente aux admissions. Ouf, mon arrivée est bien prévue. Comme demandé, nous montons au 3ème étage dans le service "chirurgie digestive", MON service.

Ah, ma chambre n'est pas prête. Ce n'est pas grave, le médecin anesthésiste qui est là nous propose de nous recevoir pour nous expliquer à quelle sauce j'allais être mangée. Ca tombe bien, je suis de plus en plus anxieuse et j'ai plein de questions à lui poser.

Ce Monsieur, d'une gentillesse extrême, m'explique le déroulement de la journée de demain et surtout me rassure. Il n'y a pas de raison médicale pour craindre de ne pas me réveiller. Et si, par malchance, il devait y avoir un incident, ils ont les moyens de me "récupérer" et je ne m'en rendrai pas compte. Une chose est sûre, je vais avoir le droit à des anxiolitiques et autres calmants. Ca va m'aider à appréhender ces heures à venir.

Dernière petite question : "mon départ au bloc étant prévu vers 7:30, mon mari et ma fille sont-ils autorisés à venir me faire un bisou avant? C'est vraiment très important pour nous." Le médecin va faire en sorte que ce soit possible. Il nous le confirme tout à l'heure. Merci monsieur. A tout à l'heure...

Ma chambre n'est pas prête. Tant mieux, nous descendons prendre un café. Dernier café ? L'anesthésiste nous rejoint et nous confirme que ma fille et mon mari pourrons venir m'embrasser demain matin mais il faut absolument qu'ils soient là à 7:15 au plus tard. Merci infiniment.

Il est 17:00. Nous remontons et cette fois ma chambre est prête. Je la partage avec une dame qui apparemment est au bloc. Ca me met efficacement dans l'ambiance.

Une infirmière vient me voir, me pose quelques questions d'usage, me donne LA blouse ouverte dans le dos que je devrais passer demain matin et me demande de déjà me mettre en habit de lutteuse. Une aide soignante va venir me chercher pour me raser. Ca y est, les moments désagréables commencent.

Je conseille à mon mari de rentrer à la maison. Virginie a certainement besoin d'être consolée et de toutes façons, je vais déjà être prise en charge. Je le raccompagne au rez-de-jardin, nous fumons une dernière cigarette ensemble. Bisous. A demain.

Je remonte dans ma chambre. L'aide soignante vient comme convenu me chercher. Je prends une douche à la Bétadine et m'installe. Téléphone, revues féminine etc... et j'attends...

C'est l'heure du repas : un bol d'eau chaude aromatisée et une compote. Je commence déjà à maigrir.

Il est 20:30, une infirmière passe m'apporter un calmant et un somnifère. Elle me demande de ne rien avaler après minuit mais m'autorise tout de même à fumer une dernière cigarette.

Aussitôt dit, aussitôt fait : je descends et fume deux cigarettes en passant mes coups de fil. Mes parents, mon mari et MA FILLE. Je vous aime tous. A demain...

Allez, je me décide enfin à remonter : j'ai du boulot... Je ne m'endormirai tranquille que quand j'aurai écrit des lettres d'amour, toujours à mes parents, mon mari (mes dernières volontés en quelque sorte), et MA FILLE : "Tu sais mon grand amour, que, quelle que soit notre destinée, je t'aime et t'aimerai toujours et que, de là où je suis, mon seul souhait est de te voir sourire".

Je range mes courriers dans mon livret de famille. "On" les trouvera forcément. J'avale mes médicaments. Derniers petits coups de téléphone. Je peux essayer de dormir bercée par le rythme de la pompe à morphine branchée à ma voisine qui est revenue. Elle dort. A demain...